Christophe Mouillet sculpteur

" L'art fait naître les idées, il ne les représente pas." Constantin Brancusi
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Ce module n’a pas la prétention de faire le tour des techniques de forge mais de vous apporter quelques éléments indispensables pour vous lancer dans cette activité.
Nous allons dans un premier temps faire le tour des outils indispensables à tout forgeron même amateur



 L’enclume:

L’enclume est en acier et pèse de quelque dizaine de kilos à plusieurs centaines. Constituée de 3 parties distinctes la bigornes ronde à gauche la table au centre la bigorne carrée à droite. Elle est solidement maintenue sur un billot de bois lui-même ancré sur un sol dur.


























 

La forge:

Fabriquée en tôle épaisse elle reçoit le charbon gras. La combustion est activée par une soufflerie l’air traverse un tube venturi (v) qui permet l’évacuation des gaz lorsque la soufflerie est éteinte. Ce tube est indispensable l’accumulation de gaz peut engendrer une explosion. Une molette (c) carrée permet de débloquer le mâchefer. Enfin, un opercule(o) permet son évacuation.

















 Ses éléments indispensables seront complétés par les marteaux et les pinces de forgeron Leurs tailles et formes différent en fonction du travail à accomplir. Pour débuter contentez-vous d’un marteau de 500 grs environs et tentez de donner libre cour à votre imagination avec une barre d’acier chauffée au rouge cerise pour ce premier essai contentez-vous d’un diamètre n’excédant pas 20mm. Vous vous rendrez vite compte que la matière est rebelle et ne réagie pas tout à fait comme vous l’aviez escompté. Et oui ! C’est un métier ! Allons pas de découragement, réessayez, observez les quelques forgerons qui ouvrent leur atelier au public et surtout procurez-vous la bible du forgeron j’ai cité :la ferronnerie d’art aux éditions Eyrolles. Nos amis anglophones n’auront quant à eux aucune difficulté à trouver un équivalent en anglais les éditions dans cette langue sont particulièrement nombreuses. Pour tous n’hésitez pas à vous plonger dans les livres traitant de coutellerie, vous y trouverez une foule de renseignements sur les métaux et leur traitement.





 

Petit cours de métallurgie:

Sans rentrer trop dans le détail, mais suffisamment pour appréhender cette science millénaire nous allons nous intéresser essentiellement à l'acier dont la métallurgie est sans doute l'une des plus complète. La métallurgie de nos jour est parfaitement maitrisée, et les gestes que nos ancêtres ont mis des centaines d'années à trouver et optimiser sont parfaitement expliqués et compréhensibles en connaissant cette science.

Qu'est ce que l'acier? Tout simplement à la base un alliage de Fer et de Carbone. Ce qui le différencie de la fonte qui est elle aussi un alliage Fer-carbone, c'est uniquement la teneur en carbone. En dessous de 2% de carbone c'est de l'acier et au delà c'est de la fonte.
En
métallurgie on parle souvent de phase et de structure. Une phase est une structure atomiques des atomes de fer. Sans rentrer dans le détail les atomes s'agencent en réseau dans les métaux dont la maille élémentaire est une figure qui se reproduit à la l'infinie. Les aciers non alliés comportent 2 structures critallines. Le cubique centré (structure CC) et le cubique face centré (structure CFC). Une structure et un mélange de phases agencé de manière connue. Le perlite est par exemple une mélange de ferrite et de cémentite qui s'observent sous forme de lamelles alternées.




 

La base de la métallurgie de l'acier (non allié) de nos jours est la parfaite connaissance du diagramme Fer-Carbone. Il n'est valable que pour les acier non alliés c'est à dire pour des aciers qui n'ont pas d'éléments d'additions capables d'en modifier les caractéristiques. En effet l'introduction d'éléments d'addition modifie profondément ce diagramme. Il n'intègre pas non plus les lois de refroidissement puisque il est établi sur la base d'un refroidissement lent permettant aux atomes de s'agencer dans la matière de manière stable. Ceci étant posé il contribue à expliquer un certain nombre de pratiques des forgerons.

Les différents domaines représentés par les lignes bleus indiquent des changements de phases. Un domaine considére peut contenir soit une phase soit une combinaison de phases. Il n'est ici pas question de structure. Les lettres ou formules étant les phases elles-mêmes telles que décritent ci-dessous.

·         L : Métal en phase liquide.

·         a : Fer a (alpha) ou ferrite structure CC.

·         g : Fer g (gamma) ou austénite structure CFC.

·         d : Fer d (delta) structure CC.

·         Fe3C : Carbure de Fer ou composé défini appel cémentite.

L'utilisation du diagramme Fer-Carbone se limite donc pour les aciers à la zone jaune. Sachant que aucun traitement thermique n'autorise la partie mise en solution (mise en phase liquide) le diagramme se limite donc au diagramme ci-dessous, sur lequel j'ai représenté les structures schématiques pour trois types d'alliages Fer-Carbone à savoir un alliage inférieur à 0,8% de carbone (hypoeutectoïde), un alliage à 0,8 % de carbone (eutectoïde) et un alliage supérieur à 0,8% de carbone (hypereutectoïde).


 

 
 

Pour introduire les traitements thermiques, il faut savoir que tout traitement de mise en forme laminage, forgeage, estampage, extrusion, dont la modification en épaisseur ou en forme est importante est obligatoirement réalisée à chaud, sinon il y a risque (pour ne pas dire plus) de rupture du métal par écrouissage. En clair si vous souhaitez passer en laminage d'une tole de 10 mm à 0,1 mm si vous ne chauffez pas la matière vous n'y parviendrez pas.
Afin de pouvoir réaliser ce genre d'opération, il faut obligatoirement placer votre acier dans la zone austénitique. Une simple raison à cela, la structure CFC de la phase austénitique est la plus adaptée à la déformation. J'en veux pour exemple d'autres métaux (pas des alliages) dont la structure est CFC et qui sont très malléables de nature, comme le cuivre, le nickel ou l'or. Tout le monde sait (ou presque) que l'or est le plus malléable des matériaux. En effet on peut obtenir sans aucune difficulté des feuilles d'or de quelques centièmes de mm par simple laminage à froid. Donc avec le diagramme Fer-Carbone et la teneur en carbone de l'acier que vous souhaitez travailler vous savez déterminer la température minimale de chauffage pour passer votre acier en phase austénitique. Il est bien évident aussi que la masse de votre pièce et la modification de forme ou d'épaisseur que vous souhaitez apporter vont influencer la valeur de chauffage pour garantir que toute votre opération de mise en forme se réalisera toujours en phase austénitique. Mais comme rien n'est simple en métallurgie il faut aussi ne pas monter trop haut en témpérature pour ne pas détruire la matière. Bref tout est question de compromis et les forgerons l'ont compris depuis longtemps.

Passons avant d'aller plus loin à la notion d'écrouissage. Tout le monde a déjà été confronté au problème suivant. Vous êtes au font de votre jardin (de longueur infinie) en train de faire une réparation sur votre clôture. Pas grand chose, un simple fil de fer à rajouter pour maintenir la cloture sur son poteau. Comme vous aviez tout préparé à l'avance vous avez évidemment emporté le bleu de travail, le fil de fer et la bière pour vous désaltérer, mais manque de bol la pince coupante est restée sur le frigo (en prenant la bière). Deux solutions : aller la chercher ou se débrouiller. La seconde solution étant privilégiée (jardin de longueur infinie) vous entreprenez de tordre votre fil dans un sens puis dans l'autre jusqu'à ce qu'il casse. Vous remarquez au passage que ca échauffe le fil. Vous venez ni plus ni moins de mettre en évidence que l'acier ne supporte pas de déformation à froid trop importante sans casser. Vous venez aussi de créer un écrouissage dans votre acier sans le savoir, écrouissage qui a provoqué sa rupture.

Que se passe t'il réellement dans la matière lors d'une déformation? Et bien il faut savoir avant tout que l'acier et les métaux en général sont constitués de grains (sorte de sphère à facettes) collés les uns aux autres. Lors d'une déformation, ces grains sont écrasés. Si la déformation est trop importante, l'écrasement ne peut se poursuivre et il y a rupture (pour simplifier). Ce phénomène se produit à la fois à froid sur les constituants d'équilibre qui sont la ferrite et la cémentite et à chaud sur l'austénite. Seule différence la limite de déformation acceptable pour l'austénite est bien supérieure, d'ou le travail à chaud pour les déformations importantes. On imagine aussi aisément que si limite il y a on ne peut donc théoriquement pas déformer à l'infini de l'acier. En fait la nature est bien faite puisqu'elle va nous permettre par un traitement thermique de remédier à cet état de fait. En effet Si l'on opère sur un acier une importante déformation à chaud ou à froid, il suffit ensuite de le remettre en solution (phase austénitique) pour régénérer la structure (après l'avoir refroidi si la déformation s'est effectuée à chaud). De nouveau grains se forment à l'endroit des ancien (écrasés) qui vont à nouveau supporter une importante déformation. Ce phénomène est utilisé fréquemment en traitement thermique et se nomme : un recuit de recristallisation. C'est ce traitement qui est utilisé en particulier sur les tubes de cuivre dit "Recuit" et qui leur confère cette souplesse.
Le schéma ci-dessous montre le principe de ce traitement avec à gauche, la structure de départ écrouie, au centre le début de la recristallisation et à droite la nouvelle structure après traitement.



Evolution de la structure lors du recuit de recristallisation. 











 Remarque : Se phénomène ne se produit que si un certain taux d'écrouissage est atteind ; autrement dit si la déformation avant d'entreprendre ce traitement n'est pas suffisante, la recristallisation ne se produira pas. Le forgeron croyant avoir régénéré sa structure risque de donner le coup de marteau de trop qui détruira son oeuvre.

Le travail du forgeron est donc un savant mélange de tout ces phénomènes. Il doit parfaitement maitriser la température de son acier avant d'entreprendre de le travailler. A défaut d'instruments de mesure le fameux "rouge-cerise" sera sa couleur étalon. Il doit aussi veiller à stopper son travail sur l'acier lorsqu'il à trop chuté en température et le remettre dans sa forge pour lui redonner cette belle couleur "rouge-cerise". Il doit enfin après quelques opération de chauffage, frappe réchauffage frappe veiller à refroidir son acier par trempe puis régénérer (recristalliser) son acier en le réchauffant à nouveau. Toute la difficulté du métier de forgeron est donc de maitriser ces techniques et de savoir quand il faut faire telle ou telle opération sur la matière pour ne pas voir le travail de plusieurs heures se réduire à une fissuration ou une destruction de son oeuvre.